Objectif : vendre Réussir
Depuis bientôt cinq ans, par tous les temps et presque tous les jours, je vends le journal de rue Objectif Réussir. Voici un aperçu de ma vie de vendeur et d'ambassadeur du journal.
D'abord, comme pour tous les travailleurs du monde, il faut se lever et se préparer à affronter sa journée, car il s'agit d'être en forme et présentable pour bien représenter le journal.
Bien entendu, pour moi, vendre un journal équivaut à n'importe quel travail. Surtout ne pas faire la manche comme on serait tenté de le croire. C'est une activité avec ses obligations, ses peines et ses joies, avec certains moments dans le froid et d'autres dans la canicule.
Quand le chaland ne s'arrête pas, c'est dur, car le temps passe lentement et il faut garder son courage, prendre son mal en patience. Certains regards et détournements de tête ne sont pas flatteurs pour ceux qui les pratiquent systématiquement, et bien inutiles.
Joël Perrenoud
Comme dans toutes choses, il y a le bon et le moins bon, les moments que l'on aime et ceux que l'on abhorre.
Éveiller la curiosité
Tout au long de ces années, j'ai appris à regarder vivre mes semblables différemment. Chaque moment de vente représente un spectacle vivant dont tous les quidams sont les acteurs, acteurs muets ou compagnons d'une discussion sur un article ou sur le temps, sur la manière de confectionner des confitures, sur la chance de vivre en Suisse. Et puis, les gens aiment remarquer que l'on évolue. Au début, je ne faisais que vendre le journal et les discussions avec les clients étaient nulles. Puis, j'ai commencé à rédiger des articles, ce qui a eu pour effet d'éveiller la curiosité des acheteurs qui, gentiment, se sont mis à me parler, à me féliciter, à pondre les articles à ma place ou à reconnaître que c'est un métier que d'écrire des sujets intéressants et tournés. Ensuite, j'ai fait de la photo et, en en parlant autour de moi, j'ai constaté que les gens apprécient l'effort dans le travail : un regard très gratifiant pour mon ego !

Café, cigarettes et confitures
Vendre un journal, c'est d'abord rencontrer les gens, leur dire bonjour, prendre de temps en temps le temps de parler.
C'est aussi une école de la vie, qui ne va jamais comme on le souhaite, c'est accepter le refus, l'indifférence.
Vendre un journal de rue, pour moi, c'est comme aller à la pêche. Jamais on ne sait de quoi sera faite notre récolte, mais, l'indicible envie de vivre et d'aller de l'avant sert de paravent à toutes les tempêtes. Et puis, il y a ces moments rares qui génèrent des souvenirs éternels : cette femme qui, chaque samedi, au marché, m'apporte 50 centimes. Les habitués qui m'offrent des cigarettes ou un café, toutes ces personnes que je découvre au gré des saisons.
Ce couple qui a eu un enfant et le regarde comme la huitième merveille du monde. Ou cette autre cliente, copine de Nana (ma chienne), qui chaque samedi lui apporte une boîte de friandises.

Un beau métier
Pendant tous ces moments où j'attends de vendre un journal, j'ai le privilège involontaire d'être le témoin de faits divers bien étranges. La bataille de parapluies les jours pluvieux ou qui passera par la plus petite place. Le stock-car avec les poussettes et les sacs à provisions.
Pour les débutants, c'est un métier assez difficile à maîtriser. Le temps semble ne pas vouloir passer, les clients se font désirer. Évidemment, quand on est nouveau dans la branche de la vente, il faut se faire une clientèle et ce n'est pas évident. Il faut trouver les coins adéquats et obtenir l'autorisation du gérant du magasin que l'on squatte, un privilège qui nous est rarement refusé.
Mais le point sensible, c'est qu'il faut tenir bon, ne pas se décourager après une heure difficile, persévérer jusqu'à être reconnu, salué et les choses vont d'elles-mêmes se mettre en place.
C'est un beau métier, avec du contact, le sourire des enfants qui fait toujours plaisir et qui est en quelque sorte une récompense dans notre travail.
Par Joël Perrenoud