A l'heure du palais et des yeux
La tour de Diesse fut construite au Xe siècle. Aujourd'hui, elle abrite une oléothèque et une galerie.
Vous attendant à l'entrée de la rue du Château, montant la garde dans cette partie pavée, qui conduit à la collégiale, aujourd'hui cette sentinelle du passé est certainement la plus regardée parmi les vestiges du vieux Bourg. Avec ses façades ocres impressionnantes en pierres d'Hauterive, larges comme des murs d'enceintes, elle donne l'heure à l'extérieur et, en son sein, l'air d'antan. Le poids des siècles pèse sur cet édifice qui se lance à l'assaut du ciel. Un mini-parvis en mosaïque d'énormes pelaux (cailloux) forme l'entrée désuète des trois étages de l'édifice. Ce décor grandiose fait penser au temps jadis où les choses étaient plus sobres, mais plus impressionnantes par leur rudesse.
Un esprit sain dans un corps sain
Madame Gaggini est la gérante de la tour de Diesse ; elle a transformé cet endroit peu banal en oléothèque, cave ou endroit servant à découvrir l'huile de qualité au même titre que pour le vin, spécialisée dans les produits italien, grec, espagnol, français.
Magasin typé et galerie d'art, son parcours suit de près l'adage : un esprit sain dans un corps sain ; la responsable côtoie la nature de très près et sous plusieurs formes. Formation de thérapeute en médecine holistique (médecine naturelle comprenant aussi l'homéopathie), professeur de sport, elle pratique la photographie et la peinture en amateur. En plus, cette gastronome de premier ordre est amoureuse de la zone méditerranéenne.
Herbes, épices et huiles
Parcourant l'Europe, de la Grèce au Portugal, les articles qu'elle vend sont de qualités authentiques. Ses huiles, notamment, ont gagné des distinctions lors de concours en Sicile, en France et en Espagne.
Le rez-de-chaussée est épique, débauche de formes et de couleurs. Le grès des grands pots avec leurs spécialités d'huile, et précisément l'huile d'olives AOC (appellation d'origine contrôlée) peuvent s'acquérir au détail, outre le choix de se procurer un flacon original, à l'éventail très large. C'est aussi le cas pour le pesto « maison » vendu au poids, ce qui est bien agréable. On trouvera également des herbes de Provence dont une exceptionnelle lavande, du savon liquide ou solide, du shampoing. Des olives en sauces diverses, le fromage de chèvre, l'ail rose de Lautrec, la moutarde et le vinaigre de fabrication artisanale, la confiture, le miel biologique de Provence et les sirops, qui semblent sortis d'un pays de Cocagne, complètent ce riche assortiment.
Ces goûts et ces saveurs déchirent le voile installé sur nos souvenirs d'enfance, transperçant une partie de notre substance. Parmi tous ces produits de rêve, on découvrira même des ustensiles en bois d'olivier et de superbes poteries. Judicieusement accrochés aux murs blancs, quelques tableaux donnent un plus sensible à l'atmosphère du lieu.
Le saint des saints
Le mariage de l'art et des saveurs, Pascale en a fait son cheval de bataille car, dans les deux cas, l'échelle d'appréciation des valeurs est subtile. Pour réussir l'équilibre, transformer une bouteille d'huile en oeuvre d'art - ce qui est le cas au premier étage - il faut allier une sensibilité artistique à une finesse de goût qui doit faire sentir l'« odeur » des couleurs et des formes. Un escalier en spirale conduit dans le saint des saints, un mélange de produits du terroir, surtout des bouteilles et des tableaux pastel, dans un espace épuré où chaque oeuvre a sa place. Appuyée par des spots discrets, la lumière naturelle immacule les murs, bombarde les fioles d'huiles d'un jaune translucide de tous les reflets qui composent le spectre des couleurs.
Une alchimie confond matière et sentiments, apporte une nourriture pour l'esprit. C'est là que cette convaincue organise des dégustations et, libre à chacun dans cet espace magique, de succomber à un grand moment d'émotion. L'escalier en colimaçon, taillé dans le bois brut, laissé massif, couleur naturelle, lustre son éclat dans la matière vivante végétale ; il s'élance en tourbillon, meublant la montée jusqu'à la galerie proprement dite. Le deuxième étage, lui, est réservé aux peintures ; c'est grand, haut avec beaucoup d'espace. Dans cet endroit, on sent la volonté de Pascale de choisir les artistes qu'elle expose, les oeuvres devant s'inscrire dans le concept du lieu.
Par Joël Perrenoud
Ouverture :
Lundi - vendredi :
Samedi :

Pascale Gaggini
Rue du Château 6
2000 Neuchâtel
Tél : 078 795 35 85

14h30 à 18h30
09h30 à 12h30
14h00 à 17h00