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Le delta du Châtelard |
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Du port de Bevaix à la petite buvette de la Pointe du Grain ou à la plage du Petit Cortaillod :« la balade des gens heureux ».
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Sur les hauteurs du vignoble bevaisan se dressait, dans des temps reculés, un château parallèle à la Pointe du Grain. Les leçons d'Histoire suisse de mon enfance me rappellent que les seigneurs des lieux et du bout du lac, côté Yverdon, dévalisaient de concert les marchands les soirs de mauvaise visibilité. Ils faisaient alors un feu à la Pointe du Grain pour perdre les voyageurs qui s'échouaient dans la crique du « petit delta ». Une autre époque, de durs combats et des rapines où la loi du plus fort et du plus malin triomphait sans vergogne. |
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Un monde à des années lumière du nôtre, inconcevable aujourd'hui dans un pays où il n'y a plus de pauvreté et où règne l'égalité pour tous.
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Partant du petit port de Bevaix, longeant les coteaux exposés plein sud, les vignes du Châtelard sont serties d'une petite route défoncée par les racines de magnifiques arbres qui servent de sentinelles aux taillis touffus. Interdite à la circulation, la voie se dresse tel un muret pour retenir le lac qui, à certains endroits et suivant le temps qu'il fait, vient presque lécher le bitume, «surfant» sur les galets de la plage tout en longueur pour se terminer en delta. Une petite buvette trône presque au centre de cette curiosité de la nature qui, côté Cortaillod, se poursuit en roseraie et en buissons essayant de ressembler à une forêt. |
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Un parc pour les voitures clôt la promenade au bord du lac. Cette plage cache tous les souvenirs de mon enfance, du premier jour de camping au premier poisson pêché tout seul avec une bouteille au fond troué et un bouchon au goulot, du premier bateau m'appartenant. Plus tard, les premiers flirts, les idylles sans lendemain.
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Mais que reste-t-il ? Toujours ce lac avec sa brise si caractéristique et ses vagues, ses vaguelettes, ce souffle qui module l'onde à l'infini, ces tempêtes le faisant mousser de fureur, ne lui conférant jamais la même couleur, allant chercher des teintes dans le prisme des rêves.
Les galets, eux, sont de toutes les grandeurs, de toutes les couleurs et de toutes les formes. Plus ils sont polis, plus ils sont petits et lisses, plus ils se ressemblent. |
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Laissant à l'oeil curieux le soin de découvrir tout l'éclat du passé que reflètent ces vestiges de pierre, souvent striés, créés par le ressac et les humeurs d'Eole, maître du liquide fascinant qu'est l'eau. Source de vie, elle nous présente l'essence de la beauté, partant d'en bas pour retomber en larmes dans le cycle du temps.
Pour profiter au maximum de l'endroit, il faut le fuir les fins de semaine et pendant les vacances, sauf pour se baigner, car il est envahi en ces périodes par une foule importante, bruyante ; pas un centimètre carré de libre sur la petite plage noire de monde.
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Mélancolie et solitude
Les jours où elle consentira à vous donner tout son charme, c'est dans l'intimité d'une promenade solitaire et intérieure. Surtout en dehors de la bonne saison, murée dans la mélancolie de la solitude, elle semble vous prendre par le coeur pour vous montrer en secret ses trésors.
Elle devient un petit paradis où chacun peut puiser ce qu'il est venu chercher dans l'air intime du bord du lac.
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Redevenir un enfant, en pensant au plaisir simple des ricochets que papa faisait mieux que tous, redécouvrir l'adolescence pour sombrer dans ces nuits tièdes où l'on mettait le feu au lac et au monde entier, avec un canapé et un piano descendus en catimini au bord des vagues pour accompagner leur musique.
Devenir un homme et toujours sentir ce lieu comme un appel du destin, une incitation à un peu plus de rêves, de réflexions, un espace bien caché entre l'eau et les galets où il fait bon venir s'abreuver de l'esprit de paix liquide.
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Par Joël Perrenoud
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