L'autre et... nous,
par la fenêtre de la tolérance
Rencontre détendue avec un photographe déchirant la réalité, en images crues, cueillies au fil des regards croisés, perçus, entrevus, entrecroisés ou se détournant. Posée, tel un avertissement, sa vision de la société moderne se reflète par clichés interposés.
Comme Hercule, Martino Guzzardo s'est attaqué à plusieurs travaux exigeants. Non douze, comme le héros de la mythologie, mais les siens sont certainement aussi compliqués et difficiles.
Dans ce travail, l'accent est mis sur le regard extérieur porté à toute personne sans toutefois la connaître ou en avoir pris le temps. Chacune des photos de l'auteur est un cri du coeur, un message d'amour et d'espoir, une leçon d'humilité, un appel à une réflexion profonde sur la grandeur de notre âme, sur le poids de notre humanité, sur notre comportement face à notre prochain. Il a visé si juste qu'il cerne les blessures que la vie laisse à vif. On aura pu en prendre plein la vue et la conscience, lors de l'exposition au Péristyle, à Neuchâtel, ce récent mois de mars.
Martino Guzzardo
Racisme, discrimination et ambiguïté
Son travail tire à boulets rouges sur notre regard face aux personnes que nous ne connaissons pas.
Parfois, entre nous et les autres, les préjugés construisent d'épais filtres qui s'articulent dans le langage. La palette d'images est forte, révélatrice. Dans ce contexte, les légendes sont senties ; elles mettent en évidence des photos pour pénétrer non seulement nos yeux, mais notre inconscient, notre subconscient. En touches successives, le photographe dissèque le mécanisme de la peur de l'autre. Par sa mise en scène, il provoque, pousse à la maîtrise, nous enroule dans cette spirale mécanique, nous fait réagir. Il nous prouve que notre agressivité tend à la discrimination systématique, décomposant le mot
« racisme » en « différence » entre les autres et moi. Le terme de « race » est ambigu, nourrit un mythe : la priorité sur l'autre.
Peur, différence et égalité
« Le mécanisme, lui, existera toujours, m'explique-t-il, même quand le terme de race aura disparu, il continuera à être appliqué à toute personne en marge. »
L'intolérance qu'il dénonce est flagrante. Quant à la différence : handicapés, homosexuels, confessions diverses et dérangeantes, extrémistes, pauvres, couleur de peau, déclenchent la haine et la peur. Et restent, portés bien haut sur le front des bien-pensants, le drapeau du mépris, la haine de la différence, l'appel sous-jacent à l'extermination dans l'indifférence générale. L'exposition accuse, interpelle ; elle est surtout un appel à la raison et applique avec rigueur la célèbre maxime :

« Tous les hommes naissent égaux en droit ».
Nous voulons avoir le courage de dire oui à la possibilité de destruction des murs qui nous séparent.
Ignorance, mépris et différence
Le travail de ce « témoin » dénonce ce qu'il a pu observer et photographier. Il se demande s'il y a encore quelque chose à faire.
Dans notre univers quotidien, son exposition lance un défi à l'intolérance, au racisme, à l'ignorance, au mépris et à l'indifférence.
Pavé dans la marre : au Péristyle, il a démontré avec force et métaphore à l'appui que tous les hommes ont le sang rouge !
La peur, pour lui, est la cause directe et indirecte du racisme, présent dans notre quotidien et que d'aucuns n'arrivent pas à maîtriser. Elle entre déjà dans nos relations dès que nous sommes deux. Dans les dialogues les plus simples, les différences, même minimes, nous séparent des autres.
Mes parents me l'ont dit: «Tu es différent, et par cette différence je construis la barrière à ton acceptation.»
Pour Martino, nous sommes tous égaux. Point ! Par Joël Perrenoud