Le culte millénaire du soleil
Le solstice d'hiver est une fête depuis la nuit des temps; il consacre le retour progressif de la lumière. Quatre-vingt mille ans avant Jésus Christ, les hommes vénéraient déjà le soleil. Noël en est issu.
Tous les enfants, grands et petits, gardent dans leur coeur la chaleur de nombreuses petites histoires populaires qui finissent par entrer dans le monde des mômes que nous resterons toujours : les contes, les récits qui ont grimé notre enfance, les belles histoires de princesses qui nous ont endormis, forment certainement nos premiers souvenirs.
Touche pas à mes rêves, touche pas à mes yeux innocents de bambin. La tradition veut que l'on respecte avec tendresse le paradis imaginé pour les chérubins. Aujourd'hui, tout le monde le sait, les enfants naissent dans les choux ou c'est la cigogne qui les apporte. Quand on perd une dent, il faut la mettre sous son oreiller; la nuit, une petite souris vient nous l'échanger contre un sou. Les anges vivent au ciel, le père fouettard est chargé de réprimander les récalcitrants. Pour ceux qui ont été sages : donner ces renseignements au monsieur qui, avec une grande barbe blanche et habillé en costume rouge, vient sur son traîneau tiré par ses quatre rennes, apporter par la cheminée des cadeaux par milliers dans de petits souliers. Oui, le Père Noël existe.
Solstices et équinoxes
Des Celtes à Babylone
Le jour du solstice d'hiver était célébré en l'honneur du fils d'Isis, titre égyptien de la reine des cieux. Bien avant l'ère chrétienne, les païens festoyaient, à cette époque de l'année, en l'honneur du fils de la reine de Babylone. Or, pour augmenter le nombre des païens adhérant au christianisme, cette célébration fut adoptée par l'Église romaine.
Longtemps avant l'ère chrétienne, les hommes rentraient les sapins dans leurs habitations pendant les fêtes païennes, au solstice d'hiver. Ils décoraient également les résineux de friandises, confiseries, petits gâteaux, de pommes et de parures découpées dans du papier de couleur, qu'ils accrochaient aux branches et aux rameaux. La légende chrétienne prétend qu'une année, la récolte de pommes fut si mauvaise qu'il n'y en eut pas assez pour décorer tous les sapins; devant la tristesse des enfants de voir ces arbres nus, des artisans verriers décidèrent, la nuit de Noël, de souffler des boules en verre pour remplacer les pommes !
En Égypte, les jours du solstice d'hiver babylonien ont leur similitude dans la Fête de Noël. Les bougies qu'on allume la veille du réveillon et qui doivent rester allumées pendant les Fêtes, correspondent au culte du Dieu babylonien dont la naissance était célébrée le jour avant, en illuminant ses autels; l'arbre de Noël, qui est si commun dans nos traditions occidentales, était également connu dans la Rome païenne. En Égypte, c'était un palmier symbolisant le Messie païen. L'un des principes essentiels du système babylonien faisait du soleil (ou Baal) un des objets favoris du culte.
Les traditions celtes, indirectement, ont aussi leur influence sur le Noël d'aujourd'hui !
Le moine anglais Boniface, missionnaire charismatique, dépêché auprès des druides germaniques voulut, selon la légende, démonter la réputation sacrée du chêne. Joignant le geste à la parole, il en abattit un qui, en tombant, anéantit tout aux alentours. Un seul sapin survécut par miracle : il devait donc s'appeler «l'Arbre de Jésus».

Arbre, bûche et fêtes traditionnelles
On retrouve donc la signification de la bûche que l'on mettait au feu la veille de Noël et qui, le lendemain, était devenue l'Arbre de Noël. Or, la bûche symbolise le tronc mort de Nimrod défié en tant que Dieu Soleil, mais renversé par ses ennemis. L'arbre de Noël n'est donc rien d'autre que l'honneur rendu à la vie. La branche de gui de la superstition druidique venait aussi de Babylone et représentait ce faux messie, «homme branche», gage de la réconciliation entre Dieu et les hommes : cette branche divine venait du ciel, portée par un arbre qui, lui, sortait de terre. En greffant la branche céleste sur un arbre terrestre, le ciel et la terre séparés par le péché se trouvaient alors réunis, réconciliés. De même, l'oie de Noël (aujourd'hui la dinde) et les gâteaux (bûches de Noël) étaient des éléments essentiels au culte babylonien, tel qu'il était pratiqué en Égypte et à Rome. On a généralement cru que cette fête avait seulement une concordance astronomique puisqu'elle correspondait à la fin de la course annuelle du soleil et au commencement du nouveau cycle.
Le lieu d'origine de notre sapin d'aujourd'hui est l'Alsace, où l'on dressait ce symbole sur la place de l'Hôtel de ville. La veille de Noël, des spectacles se déroulaient devant les églises : on dansait autour de l'arbre du paradis. Des écrits en font déjà mention au XVIe siècle. Ils prétendent que la coutume du sapin de Noël a commencé par s'étendre d'abord en Allemagne; le premier dressé en France, l'a été à Paris, aux Tuileries, en 1837 par la princesse Hélène de Mecklenbourg, épouse du Duc d'Orléans. L'adoption dans l'Hexagone de la coutume de l'arbre de Noël débuta après la guerre franco-allemande de 1870.
Par Joël Perrenoud