La balade du samedi matin
Qu'il pleuve, qu'il neige, qu'il vente ou que le soleil soit de la partie, chaque semaine, le samedi matin, pour les habitués de la ville de Neuchâtel et des alentours, c'est la sacro-sainte promenade au Marché.
Le marché de Neuchâtel...
Sur la place pavée des Halles, débordant sur celle du Coq-d'Inde, s'installent comme le mardi et le jeudi, très tôt avant le lever du jour, les divers stands composant ce microcosme d'un autre âge. En quelque sorte, le dernier endroit où l'on cause encore ! Les gens se disent bonjour ; on parle de la famille, du petit dernier, des vacances à venir, du temps qu'il va faire, du voisinage et de rien, mais, on parle. En échangeant toutes ces petites phrases banales, souvent suaves et mitonnées comme un bon petit plat sentant si bon l'odeur de la vie, on respire, on se lâche.
En cherchant bien
Faire son marché c'est surtout se promener, se délasser, s'aérer l'esprit, fête et couleurs dans les yeux. C'est le rêve de la cuisinière et le paradis des gourmets recherchant des produits frais. Il est possible de choisir soi-même ou de se faire servir, d'acheter par unité, au poids et, bien sûr, aussi en plateau de 7 heures à midi et demi. En cherchant bien et souvent par hasard, vous trouverez de tout selon la saison, reverrez le voisin que vous rencontrez quotidiennement, l'ami ou le couple que vous avez perdu de vue depuis 10 ans.

Qualité et bouche à oreille
Des produits du terroir de tout premier ordre ; qualité irréprochable des fruits, des légumes ou des herbes, plantes et fleurs, olives en sauce et épices variées. Sur des étals formés de planches et de cageots ou dans des camions aménagés, remplis à ras bord garnissant presque chaque pavé, se forme une sorte de labyrinthe où l'on ne sait plus où donner de la tête ni du porte-monnaie. Les places sont toujours tenues par les mêmes personnes : producteurs, maraîchers, détaillants de fromages, marchands de fleurs, de fruits secs, de champignons, de poissons frais des environs. Tout le monde se connaît, justifiant l'engouement toujours présent au travers des générations et du bouche à oreille. Ainsi tourne le carrousel perpétuel des saisons avec ses récoltes, du producteur au marché, du marché à votre assiette.

Couleurs, senteurs et envies ordinaires
Vers 11 heures, le marché est plein comme un oeuf. Des familles entières se promènent dans le dédale des couleurs et des senteurs. Selon la saison, les stands de légumes tantôt flamboyants l'été, rouges, verts, jaunes, orange, s'adoucissent par les cartons de framboises, de mûres, de raisinets, de groseilles, le tout décoré avec des fleurs de nos régions, parfumé aux arômes aussi vieux que le monde, titillant nos papilles et réveillant des envies ordinaires.
A la saison froide, moins sensibles à la poésie du lieu, les badauds passent plus vite.
Après avoir fait leurs emplettes, la tête engoncée dans leurs pardessus, ils passent comme des papillons pour succomber aux lumières et à la chaleur des magasins et des vitrines.

Quand il pleut, c'est presque les commissions de l'équilibriste : un sac dans une main et un parapluie dans l'autre. Un samedi de joie, un autre de cafard, ainsi va le marché...
Par Joël Perrenoud