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« Passe-muraille » et repère |
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Vouer sa vie à Dieu, apporter une possible rémission aux pêcheurs, même aux plus terribles, voilà le chemin de croix d'un Frère : aumônier des prisons, enseignant, directeur d'école, thérapeute et surtout... ami de la vie. |
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Au début de la rue du Vieux-Châtel, se dresse la maison des Frères de la Fraternité ; c'est dans cette école que j'ai rendez-vous avec toi Léo. |
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Pour arriver à ton antre, il faut faire le tour de la rose des vents. L'entrée donne plein nord. Un petit portail chétif, dont la peinture commence à s'écailler protège, en grinçant, les quelques marches qui mènent à la porte d'entrée. Passé celle-ci, un vestibule imposant et un corridor bien aéré, plongés dans une pénombre relative, aboutissent à l'escalier principal. Ton appartement est accessible par étage de trois paliers chacun à angle droit, ce qui entraîne deux rotations pour arriver au deuxième. Ton domaine atteint, comme toujours c'est un plaisir de venir chez toi, refuge et repaire de la foi. Depuis sept ans, chaque premier lundi du mois, tu invites tes amis à un culte et un repas. Souvent, ils te disent, comme beaucoup de jeunes délinquants, que tu es un repère dans la société ! |
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Lumière, misère et prison
Plus loin, beaucoup plus loin de ces humbles paroles, Léo, pour beaucoup, tu es celui par lequel la lumière est arrivée et continue de briller dans leur vie quotidienne.
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Au fil de ton existence, passée au service de Dieu : 18 ans comme enseignant et directeur d'école - 1987 à 1988, année sabbatique au Pérou où les pauvres t'ont conforté dans ta lutte contre la misère - 14 ans comme thérapeute à l'Abbaye de Fontaine-André - 18 ans comme aumônier des prisons pour aider les plus faibles, les plus meurtris. Tu as lutté chaque jour pour plus de dignité dans la souffrance, plus de compassion, plus de tolérance, plus d'égalité.
Adolescent, me racontes-tu, ma chance c'est d'avoir fait les quatre cents coups ; j'ai été un petit délinquant. Un soir je traînais avec mon frère à la lisière de la forêt pour verser des seaux d'eau sur les clochards et les fêtards saouls. Mes parents, qui étaient très croyants, nous ont toujours élevés dans le respect d'autrui. Ce jour fatal, ma maman nous surprit dans nos manigances. De retour à la maison, elle nous dit ces quelques mots qui résument tout : «Misérables, rendez-vous compte que derrière le visage de ces inconnus que vous persécutez, il y a celui du Christ. ». Cette réprimande qui sortait du coeur ne fut suivie d'aucune punition. Ce fut le déclic de ma vie chrétienne. Effectivement dans les écritures, il est dit : « Tout ce que vous aurez fait de mal aux plus petits, c'est à moi, Jésus, que vous l'aurez fait. » |
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Retraite, promenade et cuisine
Aujourd'hui, c'est le temps de la retraite ; toujours actif, tu prends le temps de vivre, de faire les promenades dont tu as été privé pendant l'exercice de ton charisme ; faisant ton marché, tu distribues çà et là des paquets de cigarettes au gré de tes rencontres, toujours le coeur sur la main. Toujours pour toi, la tendresse de Dieu, une part infime de sa miséricorde, dont tu es le relais.
Enfin, tu cuisines les petits plats qui font les choses de la vie, pensant toujours, contre vents et marées, que personne n'est irrécupérable. Toi qui as toujours préféré les cancres, soutenu les blessés du parcours, quels qu'ils soient, quoi qu'ils aient fait, tu t'en remets toujours aux pardons possibles.
Toi qui, tous les matins, remercies la providence d'exister encore un jour de plus pour porter plus haut tes convictions : ton sacerdoce est un hymne à la vie.
Merci
Aujourd'hui c'est moi, au travers de ce texte, qui me fais le porte-parole de tous ceux que tu as aidés pour te dire un grand merci. |
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Par Joël Perrenoud |
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