Dons ultimes

Dernières volontés, cadeau à la vie, le don d'organes est notre suprême pied de nez à la mort.

Des fresques du passé, peintes par les Etrusques, ancêtres des Romains, nous montrent déjà que l'on imaginait, à l'époque, de remplacer une jambe blessée par celle d'une autre personne. On évoquait même, il y a plusieurs siècles, la possibilité d'implanter dans notre organisme des parties de tissus végétaux.
Actuellement, le nombre total de transplantations d'organes solides déjà effectuées dans le monde s'élève à plus d'un demi-million environ : 400 000 reins, 52 000 foies, 42 000 coeurs, 9 000 pancréas, 7 000 poumons, 230 transplantations d'îlots de Langerhans et 200 greffes intestinales. Ces diverses et délicates interventions, une fois cumulées, correspondent au total des patients transplantés jusqu'en 1996. Ces greffes doivent impérativement continuer.

Sauver plusieurs vies
Depuis le début des années cinquante, les transplantations d'organes ont été utilisées pour implanter à l'être humain un élément sain en lieu et place de la partie malade. Ce fut le début des transplantations telles que nous les connaissons aujourd'hui.
La première transplantation cardiaque fut réalisée en Afrique du Sud en 1967, par le célèbre professeur Barnard, connu dans le monde entier. Mais le patient mourut d'une pneumonie dix-huit jours plus tard.
En écrivant ces lignes, c'est un appel que je lance à vous tous : prenez une carte de donneur d'organes ! Sans cynisme aucun, votre décès peut sauver plusieurs vies. Désespérés, des dizaines de malades attendent un geste qui ne vous coûte rien. Franchissez la barrière et les tabous qui nous poussent à ne jamais penser au pire. Un accident est vite arrivé, même aux plus optimistes.
Une personne meurt chaque semaine
En Suisse, nous effectuons chaque année 350 transplantations d'organes et de moelle. Le taux de succès est de 85 %. Ainsi, ce simple don altruiste permet des miracles et contribue à déplacer les limites du possible.
Si nous comparons le nombre de donneurs par million d'habitants et par année en Suisse avec les autres pays européens, nous constatons que nous figurons parmi les dernières nations avec, en 1995, 13 donneurs. Pour comparaison, citons l'Espagne avec 27 donneurs ou le Luxembourg avec 33 donneurs.
En moyenne, en Suisse, une personne meurt chaque semaine en raison de l'indisponibilité ponctuelle d'un organe de donneur. Pourquoi ce manque ? Dans les sondages, 8 Suisses sur 10 se déclarent favorables aux dons d'organes, mais seul 1 Helvète sur 10 porte sur lui sa carte de donneur.
Une carte de donneur
Dans notre pays, Swisstransplant est l'organisation nationale unique qui gère les aspects médicaux de la transplantation d'organes. On compte six centres. Pour vous procurer une carte de donneur, il suffit de la demander dans une pharmacie. Pour établir les choses clairement pour votre famille et votre entourage, soyez toujours porteur de cette carte, au cas où...
Le choix d'un receveur se faisant exclusivement sur des critères médicaux, des règles ont été établies de manière que celui-ci, quel que soit le centre suisse de transplantation dans lequel il est inscrit, ait les mêmes chances d'être greffé. Il peut donc arriver qu'un donneur se trouvant dans un hôpital en Suisse allemande permette à un receveur de Suisse romande ou du Tessin de bénéficier d'une transplantation.
Par Joël Perrenoud