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L'amphithéâtre du vent |
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Le Creux-du-Van, ce cirque glaciaire est un ancien lit des mers, maintenant pétrifié. Ces couches rocheuses déposées grain à grain autrefois dans les profondeurs océanes conservent aujourd'hui des reliques de plusieurs millénaires, insérées dans un paysage mi-alpestre avec ses dénuements, et mi-forestier avec ses pins de montagnes et ses épicéas. |
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Le Creux-du-Van à lui seul, mesure un kilomètre carré ; pourtant, c'est un nid de vie : fleurs, insectes, oiseaux, mammifères, reptiles, batraciens ; un voyage dans la faune et la flore sauvage neuchâteloise, érigée en réserve fédérale en 1974. L'arrêté fixant le statut des réserves naturelles neuchâteloises de la faune et de la flore date du 21 décembre 1976. |
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Sa superficie est de 13 kilomètres carrés. Les dieux semblent avoir béni ce lieu et avoir permis au diable de construire un gouffre sulfureux. Cet à-pic circulaire de falaises fissurées par le vent et le temps, le froid et la chaleur, démontre toujours et encore que l'on se sent tout petit face à dame nature. |
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Soleil, brouillard et couleurs
Le temps aujourd'hui est d'humeur de saison, l'automne s'installant sur le Val-de-Travers. |
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Le soleil ne parvient pas à réchauffer la forêt sous la bise insistante de ce début d'octobre 2002. La froidure commence à engourdir la vie ; la robe des arbres perd de sa constance verte ; les feuilles frissonnent. Privées de sève et de chlorophylle, elles se meurent dans les jaunes, les orangés, les rouges, les bruns, donnant à la nature son chant du cygne pour sa dernière symphonie en couleur avant les grandes gelées et ses paysages de cristal. Le ciel semble coulé dans une chape de béton fumante d'où s'échapperait un voile cotonneux ; les nuages couleur de plomb fondu oppressent la voûte céleste. |
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Quelques zébrures bleues apparaissent de temps en temps dans ce cortège de gris, de blanc et de mauve doré. Le soleil allume des halos d'un blanc argenté, reflète dans le brouillard qui se déplace des petites pointes de lumière. L'atmosphère est oppressante dans un silence d'or que le bruit des villes nous fait oublier. |
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Lumière et paysages
Depuis la Ferme Robert, surgissent les falaises du cirque, par ce temps triste, humide et brumeux ; la masse rocheuse est encore plus impressionnante sans les reflets du soleil. Défiant par son aplomb le vent qui l'a créée, ses parois sont comme un damier multicolore avec des cases grises, brunes ou jaunes. Les entrées noires des minuscules grottes et fissures qui craquellent cette vision, donnent l'impression d'une toile animée et surréaliste. Seuls quelques arbres verts qui défient les lois de l'équilibre, s'accrochant à la roche, sentinelles de la réalité et de la vie prouvent que l'on ne rêve pas. |
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La bise ne faiblit pas ; jouant au chat et à la souris avec le paysage, elle projette un film grandeur nature, du bord du précipice jusqu'en bas, dans les éboulis qui composent un tapis de blocs de toutes les grandeurs et de toutes les formes. Le brouillard semble enfin vouloir disparaître ; en cinq minutes, le ciel est bleu. Le soleil, sans réchauffer l'air, darde ses rayons sur l'immense enceinte qui nous surplombe, mêlant et mélangeant de l'or dans les couleurs de la roche, faisant naître sur la paroi l'ombre des rares arbres soulignant furtivement plus de perspectives dans l'espace du lieu. |
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La forêt s'illumine ; l'air se charge d'une clarté qui s'introduit jusque dans les poumons, brisant l'oppression ressentie auparavant. La majesté du lieu offre plus de sérénité à l'âme sous le charme de la luminosité. |
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A.-A. Quartier
Pour souligner la valeur du lieu, un homme a consacré sa vie et ses rêves à préserver ce biotope si particulier, poussant le bouchon si loin qu'il avait la ferme intention de réintroduire l'ours dans le canton. Malgré tous ses efforts, il n'y parviendra jamais. Pourtant, son combat a permis de réintroduire le lynx, au début des années soixante-dix avec succès, et de faire d'Archibald Alexandre Quartier un mythe. Conteur hors pair, écrivain prolifique de 1960 à 1980, il cumulera les fonctions d'Inspecteur cantonal de la pêche et de la chasse, et de conservateur du Musée d'histoire naturelle. Il a respecté la nature, imitons-le ! |
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Pour la petite histoire : |
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1694 :
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David François de Merveilleux publie une carte topographique de notre canton à l'échelle 1 : 80'250. Le Creux-du-Van y est relevé sous la dénomination « Cul du Vent » |
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12 septembre 1757 :
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David Robert, en corps à corps, tue le dernier ours au Creux-du-Van |
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Par Joël Perrenoud |
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