Le trait d'union
Le vendredi 31 octobre, Passage des Corbets, à Neuchâtel, a été inaugurée la permanence d'accueil de la nouvelle aumônerie de rue.
Depuis 1997, la « DORAS » (ensemble des associations chrétiennes du canton) planche sur la possibilité d'ouvrir une aumônerie de proximité. Avec le départ à la retraite de frère Léo*, un grand vide se profilait à l'horizon. Nous sommes un des pays les plus riches du monde. Pourtant en Suisse, dans notre beau pays, il y a aussi des pauvres qui doivent souvent tirer le diable par la queue pour joindre les deux bouts, des exclus du partage. Cachée derrière les façades cossues des belles maisons, la misère est là, comme le bois est dissimulé par l'écorce des arbres, par le lierre, par la mousse, même par les rêves. Un peu comme nos beaux habits cachent notre désespoir moral. La salle de prière...
Confidences, prières et recueillement
Après réflexion, pour laisser une présence spirituelle dans le centre de la ville, il fut décidé d'ouvrir une permanence. Visite des lieux avant l'ouverture officielle.
Dans un grand local tout blanc avec juste quelques colverts qui s'envolent sur les murs dénudés, le site sera bientôt décoré plus spirituellement. De petites tables rondes, prenant peu de place et entourées de chaises noires, cassent l'atmosphère trop blanche.
Au fond de la pièce, se trouve un lieu de prière et de recueillement propice aux confidences que l'on ne fait jamais ailleurs. Deux poufs garnissent à eux seuls pour le moment cette petite pièce bien utile et au décor très épuré.
C'est à l'Espace des Solidarités, devant un café, que je rencontre Madame
Viviane Maeder, «aumônière des rues».
Ne jamais donner de l'argent
Très vite le courant passe et c'est plutôt un récit qu'une interview que je couche sur le papier.
Des bleus à l'âme aux noirceurs des tréfonds de l'esprit, c'est un parcours initiatique que je fais en l'écoutant :
« Au début, me dit Viviane, les gens ne savaient pas ce qu'était une aumônière des rues. Pour me faire accepter et comprendre, le sésame fut : « Je remplace frère Léo ».
Cette simple phrase m'ouvrit la porte des mémoires et des coeurs. Notre principe fondamental est de ne jamais donner de l'argent. On écoute, on accompagne, on relaie, on dépanne en dernier recours, mais jamais d'espèces sonnantes et trébuchantes.
Notre rôle est d'installer un pont entre nous et les marginaux ou les personnes seules.
Du point de vue concret notre accompagnement est très large. »
L'aumônière des rues Viviane Maeder...
Faire avancer les choses
Que d'ouvrage : visiter les malades dans les hôpitaux, rencontrer les détenus qui le souhaitent, accompagner quelqu'un sur la tombe d'un proche et dire une prière, faire les commissions avec une maman et sa poussette en payant à la caisse, offrir un repas...
Un ouragan, Viviane ! Depuis que je suis avec elle, une vingtaine de personnes nous ont interrompus. Moments intenses, passant du salut amical au blocage d'une plage horaire pour essayer de sortir des vapeurs de l'alcool une brebis égarée, être à l'écoute. L'emploi du temps de notre aumônière comprend aussi la connexion des personnes avec les services compétents pour améliorer leur situation ; faire valoir sa connaissance du terrain administratif, pour faire avancer les choses. Le mercredi, de 15 à 17 heures, un Bircher est préparé. Collation et moment privilégié de dialogue. A 17 h 30, une prière libre est ouverte ; recueillement et suppliques peuvent être exprimés.

Une belle démarche
Le vendredi, principalement à la demande des usagers du Drop-in, qui se sentent délaissés en début de week-end, une soupe est servie de 20 à 23 h 30, convivial moment.
Enfin un endroit ouvert à tous, sans dépenser un saladier, pour un peu de chaleur humaine, d'écoute, de compréhension en toute discrétion, en fin de semaine. Une belle démarche à relever.
* Notre Don Camillo régional dont j'ai relaté les aventures dans le numéro 93, sous le titre «Passe-muraille et repère » Par Joël Perrenoud